Entre liberté et sécurité

Fracture économique, fracture sociale et désormais fracture numérique, trop de jeunes Français cumulent les difficultés et ne se voient ainsi ni place ni avenir dans la société.
Beaucoup a déjà été écrit sur le sujet mais il apparaît évident qu’une nation ne peut pas être une grande nation si elle ne donne pas à sa jeunesse espoir et perspectives, confiance et fierté.
Doute et désespoir entraînent la défiance d’abord puis la colère et la haine dont nous avons fait l’amère expérience en prenant le phénomène de radicalisation en plein figure.

Face à la menace à laquelle la France est confrontée, 8 lois ont été adoptées depuis 2013 pour renforcer notre arsenal administratif et judiciaire et ainsi réprimer la commission d’actes terroristes. L’Etat d’urgence, prolongé à 6 reprises depuis sa mise en place, a acté un changement d’ère. La menace est imminente et longue.

Parce qu’elle est imminente, la réponse doit être sécuritaire. Ne nous voilons pas la face : l’objectif principal de la renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme votée à l’Assemblée à 415 voix pour, est bien la recherche d’un nouvel équilibre entre liberté et sécurité. Il y a une France post 13 novembre et il est normal que nous adaptions le « monopole de la violence légitime » de l’Etat en conséquence.

Ainsi les périmètres de protection sont renforcés et étendus outre le préfet aux maires concernés.
Les motifs permettant la fermeture d’un lieu de culte ont été étendus aux propos, écrits, idées ou théories ou encore activités qui provoquent la haine et la discrimination.
La possibilité, en tout temps, pour l’autorité administrative, de prononcer des assignations à résidence et permettre des perquisitions a été aménagée au nom de l’« équilibre » entre sécurité et liberté.
Les assignations à résidence deviennent des « mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance » ciblant les personnes soupçonnées de représenter une menace mais qui ne font pas l’objet d’une procédure judiciaire.
Le rétablissement de l’obligation de pointage une fois par jour à la police ou à la gendarmerie (quand les sénateurs l’avaient fixée à trois fois par semaine), mesures qui seront limitées à trois mois renouvelables, et pour une durée maximale d’un an. Toutefois, et malgré une proposition portée par le le groupe MoDem, aucune autorisation du juge des libertés et de la détention n’est requise pour la prolongation de cette mesure, les députés MoDem ayant échoué à faire aboutir cette proposition.
Enfin, la loi prévoit la surveillance des communications hertziennes et élargit le périmètre d’autorisation administrative des contrôles d’identité en zone frontalière.

Mais parce qu’elle est également à appréhender sur un temps long, la problématique posée appelle à un débat large et sans tabous. Nous touchons aux maux de notre société, aux inégalités, aux insuffisances ou encore aux ratés depuis 40 ans de la politique de la ville.

Sur ce plan, les chantiers sont nombreux. La panne de l’ascenseur social n’a que trop duré et nous devons faire en sorte que les écoles de nos quartiers redeviennent des lieux de réussite et non cet « amplificateur d’inégalités » que décrit très bien le CNESCO. Car c’est aussi en proposant un avenir positif à nos jeunes que nous lutterons contre la radicalisation.

Nous ne pourrons également pas faire l’économie d’un débat sur la représentativité de la diversité de notre société et faire émerger des héros positifs.
Fixer un but à atteindre en quelque sorte.

Plus largement, un important travail sur les conditions d’incarcération est à mettre en œuvre. Tous les spécialistes du milieu carcéral convergent aujourd’hui sur l’idée que nos prisons sont de véritables incubateurs à djihadistes. L’exemple d’un Amedy Coulibaly, passé de la petite délinquance à la grande criminalité au contact de Djamel Beghal à Fleury-Merogis, doit nous amener à réfléchir sérieusement à la mise en place d’une réflexion de fond.
La France est tout de même régulièrement pointée du doigt en Europe pour son retard sur ses prisons.

Enfin, il nous est désormais indispensable de reprendre la main sur Internet : d’être en capacité de s’adresser aux jeunes – notamment pour les sites institutionnels relatifs à l’éducation ou aux recherches d’emploi – et de contrôler plus étroitement les algorithmes, à l’heure où les réseaux sociaux rivalisent avec les médias mainstream.

La lutte contre la radicalisation renvoie à la notion d’identité collective comme à notre ordre social et politique. Contre la tentation de repli sur soi et sur sa communauté, la ville doit redevenir un lieu de rencontre.

En responsabilité, nous ferons tout notre possible pour redonner à l’ensemble de notre jeunesse confiance dans le modèle de société français.
Le groupe MoDem mènera le débat à dessein en essayant de sortir des caricatures abondamment relayées par une opposition qui nie ces réalités et vit décidément dans un autre siècle.

Nathalie Elimas

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